De : TORTAJADA Maria
Collections : Art, Esthétiques
ISBN : 978-2-84174-782-5
Année : 2017
Nombre de pages : 344
Prix : 29 €

Inscrit dans ce que l’on appelle « le cinéma moderne », Eric Rohmer n’a cessé de revendiquer son classicisme. Le paradoxe se comprend par la force structurante de la référence à la littérature libertine, qui explique le récit rohmérien comme les rapports entre les personnages. Cette réédition augmentée du Spectateur séduit le confirme à travers l’analyse des films des années deux mille et celle de nombreux écrits inédits conservés à l’IMEC. Apparaît alors un nouveau Rohmer, lecteur de Sade – ce dont témoigne le court texte publié ici pour la première fois, « Les infortunes de la vertu. D’après une œuvre célèbre du XVIIIe siècle français » – et cinéaste-écrivain, dont la démarche créatrice explore les limites entre littérature et cinéma.
Au-delà de la connaissance de l’œuvre, l’enjeu est ici théorique. Qu’est-ce que la séduction ? Ce livre propose une réponse originale : séduire, c’est capter le désir de l’autre en donnant son propre désir en représentation. Partant de cas concrets, l’auteur définit une forme de séduction dont le principe est l’ambiguïté. Le modèle anthropologique qui se dégage du comportement des personnages est transposé sur un plan esthétique. La séduction doit alors être comprise comme une théorie de la représentation dans laquelle la place du spectateur est en jeu : ni leurré, ni démystifié, le spectateur du film est séduit. Comme le montrent les « figures théorisantes » qui mettent en abyme le fonctionnement de l’illusion, Rohmer nous confronte au réalisme ontologique bazinien dans une reformulation dynamique de l’ambiguïté.
Cet ouvrage permettra de redécouvrir un cinéma que l’on renvoie parfois à la transparence et qui est pourtant intéressé par l’artifice.

Maria Tortajada est professeur à l’Université de Lausanne, directrice du programme doctoral de la Section d’histoire et esthétique du cinéma de la Faculté des Lettres et directrice de projet au Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Elle a publié de nombreux travaux sur les questions de représentation, le jeu de l’acteur et l’épistémologie des dispositifs de vision.