Ulysse ou la métamorphose – L’Odyssée d’Homère

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Divinisé par les Grecs, immortalisé en Occident, Ulysse est pourtant loin d’être un « héros ». Si Dante fait de lui l’homme de la ruse et de la vengeance, il est surtout un errant, qui souffre et qui endure, qui se plaint, et qui pleure, qui fabule et qui ment, qui tombe souvent de sommeil… Il est ce que les Grecs appelaient un mortel. Dès Homère, l’insurpassable grandeur du monde grec est en effet d’avoir compris qu’il n’y a d’humanité possible que si l’homme, au miroir et sous le regard des dieux immortels, comprend le sens de l’injonction d’Apollon de Delphes : Gnôthi seauton, « ne te prends pas pour un dieu ! » Il n’y a d’être humain qu’à partir de sa mortalité, qui lui donne le sens de sa limite et lui permet de saisir son défaut d’être.
Ulysse est même le mortel par excellence, puisque c’est lui qui choisit d’assumer sa condition en refusant l’immortalité que lui propose la divine Calypso. Mais il ne suffit pas de naître mortel ; il faut devenir mortel. Et c’est une épreuve. Voilà pourquoi le centre de l’Odyssée et le cœur du voyage d’Ulysse, c’est sa descente aux Enfers, qui césure en deux parties la rigoureuse construction du poème : lors de l’émouvante et terrible rencontre des morts – dont celle du devin Tirésias –, Ulysse découvre le sens de la vie et de la mort, la destination des mortels.
Cette expérience conduit Ulysse à sa métamorphose. La métamorphose n’est pas ici la transformation dont est capable Protée, le dieu marin de tous les avatars, ou celle que peut opérer Circé la magicienne. La métamorphose est une transfiguration, dont Athéna est la déesse emblématique. Sous son égide tutélaire, Ulysse mesure que devenir mortel, c’est s’ouvrir à la présence du divin, c’est saisir la beauté des choses, c’est œuvrer à un monde commun, qui réclame la justice et le lien amical entre les hommes. Au cœur du jeu du monde et de la parole multiple, Ulysse se transfigure, puisqu’en devenant un mortel véritable il devient « comme un dieu ».
Toute existence est ainsi convoquée à cette métamorphose généralisée dont la poésie d’Homère est la pensée et le chant. Le lecteur saisira combien cette poésie garde toute sa profondeur et demeure même une ressource, pour nous qui vivons une époque marquée par le retrait des dieux, la fureur de l’identité et le vertigineux refus de toute finitude.

Jean Lauxerois — professeur honoraire de classes préparatoires, ancien membre du Collège International de Philosophie, traducteur de l’allemand (Heidegger, Adorno, W. F. Otto) et du grec (Sophocle, Platon, Aristote), a notamment publié : L’Utopie Beaubourg, vingt après (1996), De la différence des arts (1997), De l’art à l’œuvre (1999), W. F. Otto et le sens grec du divin (2009), La Beauté des mortels (2011), L’Épreuve du temps (2016), Rome Apocalypse (2016).

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