De : BOURIAU Christophe
Collections : Philosophia scientiae. Archives Henri Poincaré, Revues
ISBN : 978-2-84174-472-5
Année : 2008
Nombre de pages : 230
Prix : 22 €

Coordonné par Christophe Bouriau

À une époque d’ultra normalisation des comportements, que ce soit dans le domaine de la médecine, de l’entreprise ou de l’éducation (de la maternelle à l’IUFM), il nous a semblé utile de questionner la notion de norme en la rattachant au thème transversal de la santé, qui intéresse toutes les disciplines et permet d’explorer la problématique des normes (la question de leur origine et de leur valeur) sous des angles variés et complémentaires. Le terme de norme est abordé ici dans ses deux sens, c’est-à-dire d’une part comme une moyenne statistique prélevée sur une population donnée, d’autre part comme une valeur ou comme un idéal de conduite ne correspondant pas forcément à un comportement dominant ou largement partagé. Comme le faisait observer Canguilhem, l’ambiguïté du concept de norme tient à ce qu’il peut désigner tantôt un fait (une moyenne statistique), tantôt un devoir-être ou un idéal. Cette ambiguïté de la norme (objective ou subjective, factuelle ou idéale) sera l’un des ressorts du questionnement : la norme entendue comme moyenne statistique peut-elle servir à définir la norme comme idéal ou comme devoir être ? Cette question paraît d’autant plus importante aujourd’hui que certaines personnes, et ce dès la maternelle, sont stigmatisées car leur comportement ne correspond pas au comportement moyen et majoritaire du groupe, lui-même défini par la correspondance à certains critères sociaux et psychologiques plus ou moins douteux. Dans le cas de l’écolier, ces critères fortement inspirés du management, comme l’a montré Jean-Pierre Le Goff, sont rappelés par les instituteurs spécialisés et les psychologues scolaires, non sans générer angoisse et culpabilisation des parents. Certains articles de ce Cahier spécial, a contrario, démontrent l’idée suivante, qu’il convient à mon sens de rappeler aujourd’hui : correspondre aux normes dominantes d’une société ou d’un groupe, s’y adapter parfaitement, ce n’est pas nécessairement un critère de réussite et de santé. L’individu trop bien adapté est un individu fragile !